24.01.2012
Cold Song
(ébauche d'un début de je-ne-sais-quoi)
J'aimais faire l'amour.
Cette mise en scène de soi, cet abandon sous contrôle, et cette intimité extrême créée avec un inconnu.
Inconnu, même, et surtout, quand on le connaît bien.
Une heure avant on lui parlait, bien assis dans les convenances, jouant avec les codes sociaux, derrière son masque.
Peut-être même vit-on avec lui depuis des mois, c'est pareil.
Là, à poil, déchainé, on ne voit plus que chair, poils, muscles, sueur et grimaces jubilatoires.
On est maître de l'autre, faute de rester maître de soi.
N'être plus que sensation, que quelques mètres carrés de zone érogène, ouverte à tous vents.
Mais j'aime bien plus encore séduire.
C'est comme ça que j'en suis arrivée là.
Douze ans.
Elle joue avec ses copains, à la piscine.
Elle ne le sait pas, mais elle est belle, belle à se damner, parfaitement roulée, très mince, bien sûr, pas encore complètement femme, mais les femmes, les vraies, l'envient justement pour ça.
Elle sait bien qu'elle est plutôt jolie, mais pour elle, la beauté, c'est son visage, ses cheveux, ses cuisses fines.
Quand elle met son slim pour mouler ses cuisses qu'elle peut entourer de ses deux mains, elle n'a pas idée du spectacle que s'offrent les mecs en regardant son cul bombé.
Elle joue, donc, à la piscine, les filles poussent des cris stridents en arrosant les gars, qui eux, les attrapent par la taille et font mine de les noyer.
Elles savent bien, qu'il y a de la séduction là derrière, et du sexe un peu aussi, mais c'est un jeu, du flirt, quelque chose de très léger.
Elles ne voient pas, en face d'elles, juste en face, les yeux hagards, les gestes imprécis, le coeur qui frappe à deux-cents, la pression qui monte en cascade.
La violence du désir.
Quand deux jours plus tard, celui qui l'a le plus jetée à l'eau, lui demandera de sortir avec elle, elle ne comprendra même pas d'où lui vient cette idée.
Mais devant son empressement, et parce qu'elle déteste les complications, elle dira oui.
Aujourd'hui c'est mon anniversaire.
Mes potes ne répondent pas. J'ai du mal à garder le contact. On ne se comprend pas. J'ai toujours eu du mal avec la communication. Tellement de malentendus, d'incompréhensions.
J'ai peur que mes messages soient mal interprétés, mal compris, je passe mon temps à m'excuser de ce qu'on a pas du comprendre de ce qu'ai dit...Une horreur.
Alors soit je les inonde de tentatives de communication, d'excuses, de confessions, soit je reste très sybiline.
Ce qui tient la majorité à l'écart.
Au moins dans le cul on ne ment pas, les choses sont simples.
On sait ce que l'autre veut.
J'ai donc décidé de fêter ça dignement, avec ma peau.
Vingt heures.
Pas grand-monde à cette heure-là bien sûr.
Le club est aux trois quarts vides, quelques couples essaient de se décoincer à coups de bulles de champagne, d'autres repèrent déjà qui ils pourront se mettre sous la dent.
Je commande une bière.
Pas très classe, je sais. Il n'y a que moi pour commander une Grim dans un club libertin.
Je m'en fous, je sais bien que je trouverai sans problème d'autres à qui me frotter.
En réalité, je joue la bravache, mais je n'en mène pas large. Je n'ai jamais bien su aller vers les autres. J'attends qu'ils viennent. Et ils ne manquent jamais de venir...
Elle a les cheveux défaits, une robe beige qui lui arrive aux genoux, c'est sa mère qui l'a choisie bien-sûr. Elle se sent plutôt bien dans sa peau, pour une ado. Pas trop de complexes, ou assez dynamique pour penser à autre chose. Elle a grandit comme un garçon, grimpé aux arbres, joué au foot, s'est battue souvent. A quinze ans, elle commence à peine mettre des robes, et à penser à se maquiller.
Là, c'est les vacances. Un stage de langues à l'étranger. Elle s'est fait un bon groupe de copains. Elle se marre bien avec un gars, Thomas, quand ils s'asseyent tous pour discuter elle se met contre ses genoux ou entre ses jambes. Ils rigolent bien, tous.
Un jour, Un gars qu'elle ne connaît pas l'aborde. Un grand gaillard, bien bâti, le caïd de sa bande.
"tu veux sortir avec moi?" Pas trop motivée, elle décline. Poliment, bien sûr; elle a été bien élevée. Il insiste. Elle bredouille.
"Ppf, bah, je préfère pas. Tu sais, je sors d'une rupture, et puis, on se connaît pas, je préfère qu'on soit amis, j'ai pas le temps, je suis pas ton genre de toute façon, j'ai déjà quelqu'un,...
"Alleeez, on sort ensemble! Quoi, je te plaîs pas, chuis pas beau?"
Qu'est-ce qu'elle peut répondre à ça... Trop polie pour l'envoyer bouler, au bout de dix minutes de négociations, elle en a marre, elle cède.
"Bon allez d'accord".
Comme ça il lui foutra la paix.
Une minute après ils sont dans l'herbe, allongés, il lui mordille le téton après lui avoir copieusement léché la moitié du visage.
C'est booooon !
Plus emmerdant quand le lendemain il insiste pour venir chez elle. Très lourdement. Elle hésite. Ce sera vite fait, et agréable après tout. En même temps ce mec, elle ne le connaît pas. Et puis, elle ne voulait pas trop, à la base. Elle décline, trouve une excuse, elle a quelque chose à faire, à chaque date qu'il propose.
Deux jours après, soirée de fin de stage. Il la toise d'un oeil noir. Quand elle se met à danser, lui et ses potes viennent l'entourer en criant "Salope!". Assez gênant, c'est la première fois que ça lui arrive.
Thomas, son pote, ne lui parle plus. Il ne veut plus qu'elle vienne s'asseoir entre ses genoux.
Elle ne comprend pas pourquoi.
Je remue vaguement sur la piste. Après trois verres je me sens un peu moins gauche, je joue le regard dans le vague et la hanche négligemment langoureuse. La blonde en face de moi me regarde en jouant le regard porno de seconde zone. Un peu ridicule, certes, mais le message est clair. Elle s'approche, tourne des hanches en se mordant la lèvre, roule des seins, façon femme panthère, sors le bout de sa langue. Je me retiens de ne pas me marrer, et joue le jeu. Elle lance un regard vers un grand brun derrière elle. Ok. Elle joue les rabateuses pour son mec. Ca me va.
On commence à se frotter, elle pose ses mains sur mes hanches qui roulent au rythme de la musique. J'essaie de me vider la tête. La lumière est tamisée, bien sûr. Les murs colorés, partout des miroirs, des candélabres fixés aux murs, un néon, un mélange des styles renaissance et bar PMU. Bon, avec quelques grammes ça fait l'affaire, on pourrait presque se croire dans un clip de Mylène Farmer. Ca me rappelle mes premiers émois en regardant le clip "Je Je, suis libertine". A l'époque ça me faisait penser à Angélique Marquise des Anges, ses seins qui gonflaient dans son corsage trop serré à chaque inspiration, ses yeux de biche excitée quand Geoffrey se retenait de la sauter là, sur-le-champ, à la Rhett Butler, l'érotisme brûlant de la scène du marché aux esclaves.. J'étais gamine à l'époque, et tout ça me paraissait incroyablement excitant.
Hmm la blonde me souffle dans le cou. Elle a trouvé mon point faible. Ca me fait fondre, après ça je suis à sa merci. Sans compter qu'elle a une magnifique paire de seins. Son mec vient derrière moi et pose ses mains sur mon ventre. Nous bougeons tous les trois, en rythme.
On doit ressembler à une grosse grappe de primates qui piétinent sur place, on se marche un peu sur les pieds, mais avec la musique, l'alcool, et leur souffle sur ma nuque, j'abandonne l'autodérision et laisse parler ma peau.
14:44 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle, érotique, femme, sexualité, genre, adolescence |
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