11.10.2011
Maman, j'ai peur d'être gros plus tard
A l'heure où le Sud crève d'avoir faim pendant que le Nord crève de ne plus savoir écouter sa faim,
la chasse au Gras (et au gros) est ouverte.
Partout, à toutes les sauces, sous tous les emballages,
la même rengaine, inlassablement.
Qu'on prenne le cerveau des adultes pour une éponge malléable et inculte, soit. Et puis ce n'est pas totalement faux.
Après tout, le conditionnement fait ses preuves.
Et puis les français sont des veaux.
Et la cervelle de veau, ça se vend bien.
Mais la cible numéro Un, aujourd'hui, de tous les marketings, de tous les conditionnements, de tous les investissements à long terme, c'est l'Enfant.
Alors, l'enfant, du matin au soir, on le bombarde.
Il regarde la Télévision?
Avant et après chaque spot, dessin animé, pub, Paf! Une série de conseils.
"Ne mange pas trop gras..., dépenses-toi bien, bouge!"
Il n'a pas bien compris?
Allez, on va lui en remettre une couche, et Hop! Des dessins animés consacrés au sujet.
En même temps, entre ça, et lui vendre des jouets, finalement, hein?
Il ne regarde pas la télé?
Pas de problème, l'école y pourvoira.
Et zou, des cours de diététique, où il ânonne en coeur sa leçon prémâchée,
"ne mange pas trop..."
Avec une petite définition de l'obésité écrite en gras dans un encadré.
L'imbécile n'écoute pas à l'école?
Hop! Quelques brochures glissées dans son sac à réviser avec papamaman, pour bien leur expliquer à quel point ils sont bêtes, tous, à saler leurs pâtes et à beurrer leurs tartines.
La brochure s'est perdue sous les papiers gras des bonbons offerts à l'école?
Pas d'importance, La société de restauration qui gère la cantine en fournit une tous les mois, truffée de conseils indispensables pour ne pas devenir gros et laid.
Oui, la société de restauration, la même qui sert aux écoliers frites, viandes premier prix en sauce pour cacher le goût, et eau chlorée.
Le soir, fatigué, il ouvre un magazine.
Si c'est une fille, pas de problème, recettes allégées et conseils pour ressembler à une petite morte fleuriront à toutes les pages.
Si c'est un garçon, un ninja lui expliquera qu'il faut veiller à l'équilibre alimentaire en mangeant des légumes, oui, et des fruits, cinq par jour.
Parce que les légumes, c'est le repas préféré des vrais ninjas.
Allez, un dernier coup de Télé avant de manger?
"Ne mange pas...".
Alors, en plus du terrifiant obèse qu'on agite à bout de bras devant nous, pauvre obèse balloté entre marketing frénétique et moralisme diététique,
on nous fabrique mine de rien de jolis petits anorexiques,
et dans quelques années, nos enfants devenus grands iront engraisser les magnats du régime.
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15.09.2011
Vingt quatre heures de la vie d'un homme
7:00
Merde faut que je me rase..
Je suis à la bourre, mais on va me vanner si je me pointe comme ça. Et puis ma femme déteste les poils.
7:20
Allez, une deuxième tartine? "bah, tu faisais pas régime, toi?".
Pff ouais elle a raison, si je veux rentrer dans mon boxer cet été, je dois faire un effort. Quelle idée aussi de partir à la mer avec sa famille...
7:55
Dans le métro, une nana me regarde le paquet avec insistance. La grande derrière moi me touche le cul l'air de rien. Une gamine boutonneuse de 15 ans me reluque en ricanant avec ses copines..
Elles crient "sale biatch" quand je sors.
Pff fait chier j'aurais pas dû mettre ce slim.
8:30
A peine arrivé au boulot, la patronne me demande de faire du café pour la réunion. J'ai un bac+ 5, merde.
En passant devant les box des développeuses, je me fait siffler, elles tapent sous la table en pouffant de rire. Je ris moi aussi, sinon on me traite de mal baisé.
Du coup elles me trouvent plutôt sympa, et elles me paient des cafés.
9:10
J'appelle ma cliente, qui me demande de lui passer l'ingé chargée du dossier. C'est moi l'ingé, je lui dis. Ah vous n'êtes pas son assistant? Bon, bah va falloir bouger vos petites fesses mon joli, zêtes bien mignon mais c'est le bordel là.
12:10
Passé la matinée sur mon dossier cliente, je vais manger à la cafétéria du coin pour me détendre.
J'y vais avec Greg et Marine.
La serveuse à Marine: oh petite veinarde, bien placée là hein entre deux beaux petits lots!
Elle apporte la commande, pose la bière et le steak devant Marine, le Perrier et la salade devant moi, et enfin les lasagnes devant Greg, avec un petit clin d'œil: dites donc c'est pas bon pour la ligne ça, p'tit gourmand!
Je reprend mon steak et ma bière et rend à Marine son Perrier salade.
La pauvre, tout le monde la vanne parce qu'elle fait régime, ses copines la traitent de pédale.
13:00
Les autres retournent au boulot, je me prend dix minutes de rab pour feuilleter des mag au supermarché.
Pff je prend Pierre-Henri Fashion, ou Monsieur Mode?
Voyons voir les couv:
"perdre son petit ventre avant l'été", "psycho: êtes-vous un bon coup au pieu?","j'ai un petit pénis, et alors?", "découvrez la stimulation prostatique".
Merde j'ai pas hyper envie moi, mais paraît que tous les mecs acceptent maintenant, et Maria me le demande mine de rien, à demi mots. Les copains me disent que je suis vraiment coincé, ils m'ont même offert un bouquin là-dessus pour mes 26 ans: "Pour jouir sans entrave, Oser le fist fucking".
Va falloir que je fasse un effort je crois.
13:22
Retour au boulot.
Réflexion de la directrice de prod:
mon poulet, quand t'aura fini de te recoiffer tu pensera à mes photocopies?
J'ai un bac+ 5, putain.
Ah je l'ai dit tout haut ce coup-ci. “C'est vrai que les mecs font des études maintenant!” Ouhahaha rires gras des filles.
Allez fais pas la gueule, putain il a ses hormones qui le travaillent en ce moment lui ou quoi?
Quel hystérique des fois..
15:10
Coup de file de l'école, Théo est malade.
Merde, j'ai déjà manqué cinq jours le mois dernier à cause de sa varicelle.
J'appelle Maria. Ah non écoute, j'ai du boulot là, va le chercher mon chéri, moi je peux vraiment pas.
15:45
De retour à la maison, je met Théo au lit, il a de la fièvre. J'appelle la doctoresse, qui ne me croit pas.
Vous avez bien pris sa température monsieur?
Oui docteur. Je crois que c'est une petite rhino.
Vous êtes médecin monsieur? Non docteur. Alors vous êtes gentil, mais c'est moi qui pose le diagnostic. Passez à mon cabinet maintenant.
16:50
C'est une rhino, m'a expliqué la doctoresse après avoir pris la température de Théo. Pas de quoi paniquer monsieur, ahlala ces papas ça panique toujours pour rien.
17:30
Du mal à trouver une place, après deux tours du quartier ouf une bagnole quitte justement le stationnement juste devant chez moi.
Une vieille me fait de grands signes pendant tout mon créneau pour m'indiquer dans quel sens tourner mon volant.
19:10
Théo s'est endormi.
Maria rentre juste. Oula quelle journée de merde me dit-elle. On mange quoi? Je fais la gueule, elle me demande ce qu'il y a. Nan rien. Putain t'es chiant des fois.
Je décide de sortir avec Greg me changer les idées.
Tu vas pas sortir habillé comme ça? Bah si.
Maintenant c'est elle qui fait la gueule.
20:15
Sur le parking, une grande nana me lance: joli p’tit cul! Sa copine siffle d'un air entendu: salut beau gosse, t'es baisable tu sais? Bah alors, tu réponds pas? Putain quel allumeur, il dit même pas merci. Connard va.
J'entre vite dans le bar, pas rassuré. Merde elles ont peut-être repéré ma voiture. J'espère qu'elles ne seront plus là quand je sortirai.
Une nana accoudée au bar: zêtes charmant jeune homme, en reluquant mon paquet. Je tire sur mon pull pour le cacher en bredouillant un merci rougissant. Pourquoi je dis merci moi? Connasse va.
Elle me paie un verre, je refuse mais elle insiste. J'aime pas les situations de conflit, c'est gonflant, alors j'accepte. Après tout c'est qu'un verre.
Au bout de deux verres payés elle me met la main sur la cuisse.
Je me lève et vais m'assoir plus loin. Je l'entend qui jure: tous des branleurs. J'aurai pas dû dire merci, elle a cru que j'étais ok. Putain je suis qu'une merde, peut-être que c'est vrai que je les allume toutes...
Greg arrive, il me rassure. Mais non je suis pas un branleur, mais bon faut que je me décoince un peu. C'est flatteur non? Et puis bon si je veux pas me faire emmerder, j'ai qu'à m'habiller autrement aussi.
23:30
Suis rentré tôt, les nanas devenaient lourdes en étant bourrées, j'ai pris trois mains au cul, deux mains au paquet, mais on m'a payé cinq verres.
Merde Maria ne dort pas encore...Ohlala j'ai pas envie de baiser ce soir, suis crevé.
On l'a pas fait depuis deux semaines elle va être lourde encore, à force la frustration ça la rend agressive.
Allez je vais faire un effort.
Ca fait un peu mal. Tiens j'avais jamais vu cette tâche au plafond.
Quand elle a fini, on parle un peu. Je lui dit que j'aime pas trop cette impression d'être une bite sur pattes. Elle rigole en me taquinant, putain tu vas virer chien de garde toi fais gaffe, bientôt tu voudras porter une ceinture de chasteté.
Elle dit qu'elle voit pas le problème, se faire draguer c'est plutôt agréable, c'est elle qui devrait être jalouse, et moi fier.
Comment je pourrais lui faire comprendre ?
2:00
Mon portable sonne. C'est Greg, il est paniqué. Il s'est fait agresser à la sortie du bar.
Il a voulu porter plainte, mais les fliquettes lui ont ri au nez. Il a demandé à parler à un homme, elles lui ont rétorqué qu'on est dans un pays laïc, et qu'à ce titre on doit accepter de parler à des femmes. Finalement elles ont accepté de le laisser parler au seul mec qui bosse là-bas. Mais le flic lui a dit que franchement, fringué comme ça, fallait pas s'étonner. Que ça ne contribuait pas à donner une bonne image des hommes. Il a refusé de prendre une plainte pour viol, parce « qu'un doigt ça compte pas, à la limite, attouchements, ça passera ptêt »..
Affaire à suivre. Greg est démoli.
Je m'en veux, j'aurais pas dû le laisser tout seul. Je le sais pourtant qu'à cette heure-là les mecs ne doivent pas traîner tout seuls dehors.
Maria a de la peine pour lui, même si elle n'arrive pas à comprendre pourquoi Greg ne s'est pas défendu.
7:00
Mal dormi.
Faut que je me rase.
Je vais passer chercher Greg, il ne veut pas poser un jour, et surtout pas que la boîte soit au courant. Il a déjà une réputation de garçon facile parce qu'il s'est laissé raccompagner par Nadège au pot de Noël l'an dernier, cette histoire de plus ruinerait son image et sa carrière.
Je sens que ça va être une journée de merde.
14:04 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
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20.08.2011
Lettre Morte
Monsieur le Président,
je vous écris, parce qu'aujourd'hui, j'ai peur.
Peur, et honte, aussi.
Peur, de ce que mon pays devient.
Moi, naïvement, depuis toute petite, la France, je voyais ça comme un pays de liberté, de frondeurs, aussi, insolents, râleurs beaucoup, mais c'est ce qui fait leur charme, fiers de leurs droits, de leur exigence de fraternité, de leur culture enfin.
Culture née d'une immense diversité.
Je le sais, j'ai fait de l'ancien français, et si ça ne m'a pas donné de boulot, ça m'a appris que notre langue est riche de multiples apports étrangers.
Mais aujourd'hui cette France que j'ai fantasmée, je ne la vois plus nulle part.
A la place, je n'entend que des récriminations racistes, sexistes, xénophobes, le xéno- ici étant l'Autre sous toutes ses formes. Le plus riche que moi, le plus pauvre, le plus foncé, le plus gros, le plus fonctionnaire, le plus chômeur...
Ca, je parie que vous avez lu Machiavel à vos heures perdues, parce que le concept "diviser pour mieux régner", pour ceux qui ne l'avaient pas bien compris jusqu'ici, il est merveilleusement, épouvantablement bien utilisé par vos services.
Hop, tous les mois, toutes les semaines, on choisi une nouvelle cible, et on invite le français à taper dessus.
Les niches fiscales? Le pauvre gars qui a un avantage misérable que les autres n'ont pas? Allez, Haro sur le baudet, tous dessus, on se déchaîne, et plutôt que se battre pour que chacun ait droit à mieux, on lapide le salaud qui peut mettre du beurre sur sa tartine, et on le tire par le bas pour que lui aussi soit dans la même merde que nous.
Tous égaux dans le pire.
Comme ça pendant ce temps, on ne regarde plus en Haut.
Franchement, chapeau.
Honte, parce que je ne fais rien.
La peur s'installe sur nous, et puis ce drapeau rouge qu'on secoue au dessus de nos têtes, la Crise, la terrible Crise, qui justifie qu'on se serre la ceinture en louchant sur l'assiette du voisin, prêt à dénoncer ses excès, tant que personne ne touche à notre gamelle à nous..
Honte, parce que je suis française, et plus du tout fière de l'être.
Et que comme tout habitant de France, c'est ma faute parce que j'ai laissé faire.
Petite, j'avais peur du vilain borgne.
Aujourd'hui, je ne le crains plus.
Vous me faites bien plus peur que lui.
Qu'est-ce que vous avez prévu pour nous, après ?
C'est de ça, surtout, que j'ai peur.
Le champs de ruine qui va rester derrière tout ça.
Et la Honte, encore, parce que tous, on l'a vu venir.
Veuillez agréer mes salutations navrées .
11:26 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, xénophobie, niches fiscales, ras le bol |
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