30.01.2012
tête à claque
« Bonjour, c'est la médecine du travail !
Ça va depuis la dernière fois ? Hé oui c'est la visite hebdomadaire .
Ahlala y a du boulot en ce moment hein.
Bon, on commence par qui aujourd'hui ? Je peux choisir ?Hihi j'ai l'impression d'être un client comme ça, c'est rigolo.
Allez, on va commencer par Cristal alors.
Bonjour Cristal, alors, j'ai vos résultats, bon dans l'ensemble ça va, juste un petit souci, une petite mycose, je vais devoir vous mettre en arrêt là, oui je sais, c'est dur, mais je dois vous mettre dix jours d'arrêt de travail au minimum, vous comprenez, question d'hygiène.
Oui je sais, il y a trois jours de carence, mais là vraiment, médicalement c'est pas sain sinon.
Écoutez, de toute façon, on se revoit la semaine prochaine, on verra à ce moment-là, en attendant je vous fais une ordonnance, et interdit de travailler.
Allez, au suivant.
Ah, Rubis, bon on va vous ausculter hein, allongez-vous.
Voiiila on écarte. Bon ça doit vous rappeler le boulot comme ça, hé !
Comment, je vous ai fait mal ? Ah désolée, bon en même temps vous devez avoir l'habitude dans votre travail hein !
Allez, tout va bien, on va faire la prise de sang, et je vous libère !
Au suivant.
Satin, vous étiez inquiète, rassurez-vous, tout va bien, les résultats sont négatifs ! Oui, HIV négatif, pas de problème, je vous fais le tampon, mais bon faites plus attention la prochaine fois ! Et n'oubliez pas de refaire le test toutes les semaines, de toute façon sans le tampon, vous ne pouvez pas travailler.
Ouiii je sais, il paraît qu'il y en a qui travaillent sans, c'est honteux, normalement on ne peut pas sans la validation du ministère de la santé vous savez. Et du coup, pas de sécu, pas de protection sociale, et bonjour le respect du client, avec ça !
Y en a, pour économiser trois sous, ils mettent leur santé en danger c'est effrayant.
Allez, au suivant.
Ah, Xena, écoutez, j'ai pensé à vous justement, avec vos spécialités, il faut absolument mettre en place un suivi spécifique, alors, le ministère a justement lancé un nouveau protocole, c'est en phase de test pour l'instant, ce serait un examen complet tous les jours, oui, ça fait beaucoup, à coté de ça vous récupérez des avantages, pour l'entreprise et pour vous, des réductions sur les préservatifs, sur les hospitalisations, et de la publicité gratuite.
Oui c'est intéressant, et puis vous serez plus rassurée quand même.
Allez, suiiivant.
Ah, il paraît qu'il y a une nouvelle ?
Et ben, faites-la entrer, on va faire connaissance et lui expliquer tout ça.
…
Ma puce ?
Mais..Qu'est-ce que tu fais là ?"
16:01 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : prostitution, bordel, lupanar, hygiénisme, maisons closes, chantal brunel, alain fouché, médecine du travail |
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06.12.2011
Grand Dieu non je ne suis pas puritain
Aujourd’hui, 6 décembre 2011, l’assemblée s’apprête à discuter une résolution sur l’abolition de la prostitution en France.
Le débat est complexe, et il serait illusoire de vouloir le régler ici.
L'objet ici, ce n'est pas la prostitution en soi, ce sont les arguments utilisés.
Ces arguments qui mettent fin au débat avant même qu'il n'ait réellement commencé. Ce sont toujours les mêmes, au fil du temps, au fil des discussions.
Entendu et lu mille fois déjà: “on marche sur la tête! C’est du puritanisme!”
Ah, le puritanisme, Point Godwin de la sexualité.
Après ça, on ne peut rien ajouter.
Sous peine d’être assimilé à un affreux cul-gelé, coincé du derche, pas open pour un sous. Et mal-baisé, certainement.
Et vous voila forcé de déballer votre vie privée pour prouver que “non, pas du tout! J’aime ça, j'adore jouir, je l’ai déjà fait à cinq, j’adore le cul, je vous jure, je suis un(e) gros(se) cochon(ne)! “.
Trop tard.
Vous êtes foutu, catalogué: puritain, point final.
Les épouvantables dames patronesses de Lucky Luke, maintenant, vous en faites partie.

Comme tout Point Godwin qui se respecte, ça met automatiquement fin au débat.
Et puis, il y a la Liberté.
Oh oui la Liberté, on aime ça en France.
Effectivement, on est libre. Libre de choisir l’esclavage, libre de se détruire.
Enfin, pas toujours. Si ça coûte trop à la sécurité sociale, alors on l’interdit.
A moins qu’on ne puisse la taxer.
Oui, je suis libre de faire ce que je veux de mon corps.
Suis-je libre de faire ce que je veux du corps des autres? Moyennant finance bien entendu?
Oui, si il/elle est d’accord?
Autrement dit, si il y a consentement.
Mais, quand l’argent entre en jeu, peut-il y avoir véritable consentement?
Le consentement s’achète t’il?
Regardons comment la Loi définit le consentement:
Art. 1109 du code civil
“Il n'y a point de consentement valable si le consentement n'a été donné que par erreur ou s'il a été extorqué par violence ou surpris par dol”.
Les notions d’“état de faiblesse” et de contrainte sont également présentes.
Ca se discute, non?
Alors, louer l’accès aux orifices d’un individu, ce serait vraiment ça la Liberté?
Ah, il y a aussi l’éternelle comparaison entre la personne prostituée, et le brave ouvrier qui lui aussi loue son corps à son patron.
Lui aussi, moyennant finance, met à disposition du payeur ses muscles, sa santé même parfois.
(à ce sujet, enfin totalement hors sujet, je crois en Prévert):
“Le Temps Perdu
Devant la porte de l'usine
le travailleur soudain s'arrête
le beau temps l'a tiré par la veste
et comme il se retourne
et regarde le soleil
tout rouge tout rond
souriant dans son ciel de plomb
il cligne de l'oeil
familièrement
Dis donc camarade Soleil
tu ne trouves pas
que c´est plutot con
de donner une journée pareille
à un patron “
Oui, mais soyons sérieux deux minutes, avoir un rapport sexuel, ce n’est pas pas vraiment empiler des palettes.
C’est comme ça, dans notre société puritaine, on ne se fait pas turlutter l’asperge entre deux cafés devant belle-maman, et pas de levrette afghane entre deux métros non plus.
Ca s’appelle les Tabous (argh! autre concept à grand potentiel godwinien: “ pff, t’as des Tabous”).
Les tabous, c’est peut-être de la merde, mais ça évite que le Père Noël enfile vos lutins en égorgeant grand-mère Noël. Ou l’inverse.
Cela dit, y a t’il vraiment des relations totalement gratuites?
Quand on m’invite à boire un verre, à aller au ciné, à dîner, il est évident que le généreux payeur attend quelque chose en retour.
Qu’attend-il en échange d’un verre? D’un ciné? D’un resto quatre étoiles? Aïe.
A ce sujet je conseille le magnifique A Vendre, de Laetitia masson.

Et pour ne pas finir sur un triste mais vrai “Nous sommes tous des putes”, écoutons ensemble
notes:
A écouter aussi, "Dans le Sac à Main de la Putain", du très très grand Allain Leprest.
A lire, sur l’argument des pauvres clients en pleine misère sexuelle à qui la prostitution sauve la vie: Les Clients De La Prostitution, L’Enquête,de claudine Legardinier et Saïd Bouamama. qui tort le cou à pas mal de stéréotypes sur le clientélisme.
Et, le syndicat du travailleurs/euses du sexe, le http://site.strass-syndicat.org
11:10 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : prostitution, point godwin, sexualité, abolitionnisme, fantasme, puritanisme, tabou, consentement |
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